
Ceux qui comme moi n'ont jamais vu les pires secteurs pavés de l'Enfer du Nord ne peuvent se rendre compte de ce qu'est cette course.
Certains secteurs sont une "partie de rigolade", comme celui sur la photo ci-contre. D'autres sont un véritable calvaire, même en voiture. Je pense à celui d'Orchies par exemple.
Sur cette épreuve, tout est démesuré. Le matériel, mais aussi la logistique des équipes. Je vous en reparlerai dans un article à venir puisque j'ai pu prendre place dans la voiture d'un des directeurs sportifs de l'équipe Europcar.

Les mécaniciens sont aussi mis à rude épreuve. Ici, tout change par rapport à d'habitude.
Braquets spécifiques, boyaux, double couche de ruban de cintre voire leviers de freins supplémentaires pour certains coureurs.
Le travail commence à 7h pour se terminer tard le soir. Pas toujours évident de coller les nombreux boyaux sur les roues des coureurs, mais aussi les roues de secours, rajouter une seconde couche de ruban de cintre pour certains ou régler au mieux les vitesses quand certains montages sont atypiques, comme des petits plateaux de 44 ou 46 dents.
Pneumatiques

Même les voitures ne sont pas à la fête puisque j'ai pu voir plusieurs véhicules dans la course crever sur les pavés, dont une voiture d'ASO et aussi Marc Madiot.
On le voit sur cette photo, à la sortie du Carrefour de l'Arbre, il est équipé de la roue de secours à l'avant gauche.
Peu importe le poids, ce que recherchent les coureurs, c'est du confort. Et là, pas de secret, il faut utiiliser des sections plus grosses de 28 à 30mm pour encaisser les chocs brutaux engendrés par les pavés. La majeure partie du peloton utilise encore des boyaux, mais j'ai pu remarquer plusieurs coureurs chez IAM Cycling (dont Sylvain Chavanel) utiliser des pneus tubeless de 30mm de section.
Seules quelques roues de secours sont restées en 25mm. Même chez Mavic, c'est une journée spéciale puisque c'est LA course où ils dépannent le plus de coureurs. Les directeurs sportifs des équipes (1 seul autorisé en course) ne pouvant faire face à toutes les crevaisons.
Mavic a donc un énorme dispostif pour tenter de dépanner tous les coureurs.
Freins
Du côté des freins aussi, quelques adaptations pour cette course. Notamment les leviers de freins qui viennent se positionner en haut du cintre et qui avaient beaucoup fait parler il y a quelques temps quand Thomas Voeckler les avait utilisé sur Paris-Nice.
Pas toujours facile avec certains cadres de faire passer des boyaux de 28mm au niveau des étriers.
Chez Colnago, même le cadre CX Zero rend la chose difficile avec un groupe Campagnolo. Tant et si bien que les mécaniciens, qui se révèlent être d'excellents bricoleurs jamais dépourvus d'idées, ont dû faire quelques aménagements pour que le boyau passe sans trop de peine sous l'étrier.
Ici, on voit la vis de fixation avec un boulon coupé en biais afin de relever l'étrier de quelques millimètres.
Pour la roue avant, on fait un trou dans les pattes avant et on y met une vis, ce qui a pour effet de faire descendre la roue de quelques millimètres.
Sur le nouveau cadre BMC Granfondo RBX, des étriers Shimano Direct Mount spécifiques hors groupe sont utilisés. Ils permettent un plus grand dégagement.
Pour Sylvain Chavanel, utilisation de freins cantilevers avec son vélo de cyclo-cross.
Vélos spécifiques

On connaissait déjà l'existence du tout dernier Pinarello Dogma K8-S utilisé par les coureurs de l'équipe Sky depuis le Tour des Flandres.
Un vélo doté d'un amortisseur à l'arrière, à la jonction des haubans et du tube de selle.
Sans doute le vélo le plus spécifique pour une course comme Paris-Roubaix, puisque tous les autres vélos sont plutôt des modèles typés endurance.
Mais les coureurs de l'équipe BMC bénéficiaient tout de même d'un Granfondo RBX spécialement conçu pour l'Enfer du Nord avec plus de dégagement au niveau des étriers de freins. Un modèle dérivé du Granfondo.
Le Dogma K8-S de Bradley Wiggins avec boyaux FMB de 27mm de section.
La déco spécifique du Scott de Heinrich Haussler, IAM Cycling.
Bricolages divers et variés

Comme indiqué plus haut, Paris-Roubaix est une course si spécifique que les mécanos ont parfois recours à du bricolage pour satisfaire aux demandes des coureurs.
3 mécanos ne sont pas de trop pour que les vélos de tous les coureurs soient prêts le jour J.
Rien de réellement étonnant, tout le monde commence à connaître la double épaisseur de ruban de cintre, le papier verre sur les porte-bidons ou le compteur scotché pour éviter qu'il ne s'échappe de son support.
Mais toutes ces adaptation prennent beaucoup de temps au final à mettre en oeuvre.
Un classique, le papier de verre scotché sur le porte-bidons pour le maintenir en place.
Mieux vaut prévenir que guérir, on scotche donc le compteur à son support.
Les deux couches de ruban de cintre ne sont pas un mythe, mais ne sont pas non plus généralisées. Certains coureurs préfèrent rester avec une seule couche. D'autres préfèrent même franchir les pavés sans gants !
Pas évident le montage d'un "petit plateau" de 46 dents chez Campagnolo. Avec cette denture, le plateau se fixe sur l'entraxe du grand plateau, ce qui oblige les mécanos à rajouter des rondelles entre le grand et le petit plateau pour avoir le bon écartement.
Utiliser un vélo plus typé "endurance"' (avec douille de direction plus haute) oblige parfois à avoir recours à une potence plus inclinée... quitte à piocher dans du matériel non fourni par un partenaire.
Changement de vitesses Di2 en haut du cintre. Sans doute un des gros apports de l'électronique sur une telle course.
Question de coût, on utilise aussi de l'Ultegra Di2 sur la plupart des vélos de chez IAM pour le Paris-Roubaix.
Un peu de papier verre pour que le capteur de vitesse ne tourne pas, risquant d'aller se perdre dans les rayons.
Petit plateau de 46 dents courant ce jour-là. Beau temps, course quasi plate et gros vent de dos.
Mieux vaut avoir une potence de 120mm si on veut pouvoir avoir un oeil sur la totalité des secteurs pavés !

Chaque équipe disposait de personnes sur et en fin de secteurs pavés pour le dépannage en roues. Un coureur qui crève en milieu de secteur sait qu'il pourra remplacer sa roue à la fin dudit secteur.
Idéal, mais cela demande une énorme organisation. Pas mois de 7 voitures du côté d'Europcar pour couvrir tous les secteurs pavés, et encore, il ne fallait pas trainer entre les secteurs.
Sur chaque bidon, un gel énergétique en bonus pour le coureur, fixé avec un élastique.
Malgré une édition qui s'est déroulée sous un magnifique soleil, les vélos ne sont pas à la fête à l'arrivée. Nettoyage complet dès que le coureur descend de selle.








































Phil mardi 21 avril 2015, 18:56
Super article comme on n'en voit pas dans la presse pro !
Bravo !
Arnaud Duval mardi 21 avril 2015, 18:59
Le coup de la fixation de roue décalée sur la fourche, je trouve ça vraiment joueur. M'est avis que les ergots de sécurité ont du sauter au passage dans la manip', ce qui est interdit (et dangereux au passage).
zerome mardi 21 avril 2015, 19:26
Super reportage!
Je me suis toujours demandé si les vélos ayant "survécu" à Paris-Roubaix n'allaient pas directement au rebut, compte tenu de ce qu'ils avaient "encaissé" pendant la course ?
Guillaume [Matos Vélo] mardi 21 avril 2015, 19:32
Non, les vélos ne sont pas jetés ensuite. Je me suis renseigné, même les roues ayant roulé à plat sur les pavés sont réutilisables.
Zac mardi 21 avril 2015, 19:37
Super article. Question : est-ce que le groupe Ultegra est plus costaud que le Dura-Ace ? Intéressante découverte !
Guillaume [Matos Vélo] mardi 21 avril 2015, 19:41
Selon le mécano avec qui j'en ai parlé, aussi costaud et fiable. Seulement un peu plus lourd, mais le poids n'a pas d'importance sur cette course.
smog mardi 21 avril 2015, 20:53
A quoi cela sert-il de "décaler" un peu la roue sur la fourche ?
Guillaume [Matos Vélo] mardi 21 avril 2015, 21:32
Pour éviter que le haut du boyau ne touche l'étrier.
steph mardi 21 avril 2015, 22:01
Excellent article, félicitations Guillaume.
biloute51 mardi 21 avril 2015, 22:27
Merci Guillaume pour cet article très intéressant pour les novices, mais étant un vieux briscard du Nord je n'ai appris qu'une chose le papier verre pour maintenir le capteur car j'ai tjrs utilisé le double face vraiment inefficace.
Je pense que tu en as pris plein les yeux et que ton retour sera apprécié par les lecteurs de matosvélo.
jb mercredi 22 avril 2015, 00:19
N'est-ce pas étonnant que de voir autant de roues à profil haut sur des pavés ? Ce n'est pas ce que l'on fait de plus confortable... J'espère que la raison n'est pas uniquement une histoire de sponsor.
did mercredi 22 avril 2015, 07:37
Bon boulot Guillaume, comme d'hab...
Guillaume [Matos Vélo] mercredi 22 avril 2015, 08:35
jb, l'utilisation de roues hautes m'a aussi étonné. Mais c'est apparemment le fort vent 3/4 dos sur la majorité du parcours qui a dicté ce choix.
Olivier.R mercredi 22 avril 2015, 08:42
Bonjour et BRAVO !
excellent article...Quelques astuces tres utiles pour preparer mon "Paris-Roubaix Challenge" de l an prochain !
a bientot pour d autres articles....
mica mercredi 22 avril 2015, 09:28
des fourches percés, des boulons coupés en biais ,repercage des grands plateaux les cadres ne sont plus aux normes uci.
comment des coureurs peuvent être autorisés a courir un paris Roubaix avec du matériel transformé en cas d'accident très grave les assurances de course et matériel ne marche pas.
les sponsors peuvent même attaqué les mécaniciens pour négligence.
Arnaud Duval mercredi 22 avril 2015, 09:41
@mica
Je ne pense pas qu'ils réfléchissent aussi loin. Ce sera peut-être différent le jour où un coureur s’esquintera sérieusement en perdant sa roue avant.
Thomas mercredi 22 avril 2015, 11:05
Super article ! Grand merci de partager tous ces trucs que les mécanos pros doivent eux-mêmes rechigner à se passer !
Cédric mercredi 22 avril 2015, 11:17
Superbe reportage Guillaume, bravo !
Comme mica, je constate que certaines modifications font probablement sauter la norme UCI des vélos ainsi assemblés ! Et par ailleurs il est étonnant de voir à quel point les mécanos doivent être bricoleurs. Le pire selon moi étant le petit plateau de 48 sur le pédalier Campa ! Comment se fait-il qu'une solution standard n'ait pu être adoptée ? Lunaire ! Shimano dispose d'étrier pour du 28/30mm et nous si on en veut on fait comment ? Pourquoi ne sont-ils pas compatibles en version 105 - ultegra et dura-ace ? Question de poids ? Campa ne propose, à priori pas de solution du tout !
Suite à Paris-Roubaix, les roues sont elles vraiment endommagées ou une simple correction du voile suffit à les remettre en état ? Je doute que les roulements soient endommagés où que ce soit sur le vélo. As-tu pu discuter de "l'après course avec les mécanos ?
Encore bravo, j'ai adoré tous ces détails qui ne sont toutefois pas aussi étonnants que le fait que tu aies pu les remarquer !
aymeric mardi 8 mars 2016, 09:28
Bonjour Guillaume,
Avec mon bh ultralight rc et des étriers Chorus 11v je rencontre le même soucis, certains boyaux en 25 ne passent pas du tout et les autres tout juste! Alors pour l'étrier arrière j'ai bien compris la manœuvre mais je ne suis pas sur d'avoir compris pour la fourche avant. Pourrais tu réexpliquer, stp. Merci d'avance. cordialement.
Guillaume [Matos Vélo] mardi 8 mars 2016, 10:06
Quelle manoeuvre ?
aymeric mardi 8 mars 2016, 13:40
Guillaume, "Pour la roue avant, on fait un trou dans les pattes avant et on y met une vis, ce qui a pour effet de faire descendre la roue de quelques millimètres."
Un trou comment? Une vis comment?
Guillaume [Matos Vélo] mardi 8 mars 2016, 13:47
Désolé, mais je ne rentre pas dans les détails, réellement trop dangereux à faire.
maxpower samedi 2 juillet 2016, 10:44
bjr pourquoi utilisé le cadre colnago cx zéro et pas un plus ht de gamme comme c60?
ensuite quelle est la différence et avantages entre douille direction haute comme chez europcar colnago(photo) et une direction classic?
vraiment bel article en effet!belles photos bien commentés.
Guillaume [Matos Vélo] mercredi 6 juillet 2016, 20:08
Le Colnago CX Zero est plus confortable pour des épreuves comme Paris-Roubaix. Et je ne pense pas que des boyaux de 28mm ou plus passent sur le C60.
Cavicchioli jv mardi 11 avril 2017, 05:48
Bonjour à toutes et à tous, je souhaite participer au Paris-Roubaix Challenge 2018. Je possède un Colnago C60 et je voudrais monter des boyaux de 27 / 28 mm (FMB). Faut il des roues spéciales pour les pavés et dois je utiliser un autre cadre ? Merci pour vos réponses avisées !
Guillaume [Matos Vélo] mardi 11 avril 2017, 08:07
Sur un C60, ça ne passe pas. J'avais discuté avec les mécanos Europcar à l'époque, même sur le cadre endurance CX Zero, les mécanos ont dû bricoler pour passer du 28mm. Sur un C60, pas possible apparemment.
Cavicchioli jv mardi 11 avril 2017, 17:47
Quel type de roues me conseillez vous pour Paris-Roubaix (Challenge) ?
OlivierR mercredi 12 avril 2017, 09:06
Un peu tard mais bon.
Des roues de "base" aksium ou autres , ce n est pas une course...ou comme nos "amis" anglais, des roues typees montagne bien legeres : resultat a Arenberg roue avant en 8 !
Pour ma part , 2 editions avec des Campa Scirocco/ conti 4 seasons 28mm : ras...(88kg sur le velo...)
olivier