Pour avoir des réponses, j'ai contacté plusieurs personnes travaillant dans l'industrie, aussi bien en France qu'à l'étranger. Un point commun, tous sont inquiets et clairement, les prix vont sans doute monter partout dans le monde, pas seulement aux Etats-Unis.
Mais l'incertitude est énorme. Et pour les industriels, il n'y a rien de pire que l'incertitude de l'avenir. Les chefs d'entreprises ont pour habitude de gérer à moyen et long terme leurs activités. Là, ils naviguent à vue.... dans un brouillard total.
Un choc pour l'industrie du vélo aux US
Bien sûr, la majeure partie du problème sera pour le marché américain.
Par exemple, une bicyclette importée de Taïwan aura un droit total de 43 % (11 % de droit de base supérieur à 32 %). En gros, un tarif qui va augmenter au bas mot de 40 %.
Si cette bicyclette est produite en Chine, le coût pour un consommateur américain pourrait augmenter de plus de 80 %. Tout ceci est pour le moment pure spéculation, mais c'est du domaine du possible.
Certaines petites marques, avec de faibles marges, ont d'ores et déjà acté de se retirer de ce marché. Pour les plus grandes marques, deux options :
- augmenter les tarifs et faire payer ces taxes aux consommateurs
- rogner leur marge et absorber, au moins en partie, cette augmentation
Mais chaque vélo vendu aux Etats-Unis sera impacté, car aucun vélo n'est, pour l'heure, 100 % américain.
Même les artisans qui produisent des vélos en alu ou en acier aux Etats-Unis seront impactés, car il y a de fortes chances que les producteurs nationaux de métal augmentent leurs prix pour correspondre à l'augmentation du coût des métaux importés en raison des droits de douane. Et de toutes façons, la plupart des périphériques nécessaires pour construite un vélo (cintres, potences, transmissions, roues, ...) sont produits actuellement en Asie.
Une production aux Etats-Unis de tout cela est pour le moment impossible à grande échelle et demanderait des années pour créer l'outil industriel nécessaire.
Une industrie mondialisée sous tension
Pour comprendre l'impact potentiel, il faut d'abord saisir la structure de l'industrie du cycle. Même les marques européennes les plus renommées dépendent massivement de chaînes d'approvisionnement mondiales :
- Composants clés majoritairement asiatiques : Une grande partie des composants essentiels (cadres, roues, dérailleurs, freins, etc.) est fabriquée en Asie, principalement en Chine, mais aussi à Taïwan, au Vietnam ou au Cambodge. Même les entreprises qui produisent ailleurs, comme Campagnolo, importent des pièces forgées de Taiwan.
- Assemblage en Europe (parfois) : De nombreuses marques européennes assemblent leurs vélos sur le continent, en important les pièces détachées. D'autres importent des vélos complets fabriqués en Asie.
- Matières premières : La production de cadres et de composants repose sur des matières premières comme l'aluminium et l'acier, dont les prix sont influencés par les tensions commerciales globales.
Les mécanismes d'impact indirect sur les prix européens
Les tarifs douaniers imposés par l'administration Trump visaient principalement les importations aux États-Unis. Cependant, leur effet sur les prix européens peut se manifester de manière indirecte :
- Augmentation du coût des composants : Si les fabricants chinois de composants (par exemple, Shimano, SRAM, ou de nombreux fabricants de cadres en sous-traitance) voient leurs exportations vers les États-Unis taxées, ils pourraient chercher à compenser la perte de leur marge. Cela peut se traduire par une augmentation générale de leurs prix de vente à l'échelle mondiale, affectant donc aussi les marques européennes qui s'approvisionnent auprès d'eux.
- Hausse du prix des matières premières : Les tarifs américains sur l'acier et l'aluminium (qui ne proviennent pas uniquement de Chine) sont perturbé les marchés mondiaux de ces métaux. Une augmentation globale du coût de ces matières premières se répercute inévitablement sur le coût de fabrication des cadres et de nombreux composants, où qu'ils soient produits ou assemblés.
- Perturbation et réorganisation des chaînes d'approvisionnement : Face aux tarifs américains, certaines entreprises pourraient chercher à déplacer leur production hors des pays asiatiques impactés par ces droits de douane. Mais cela ne pourrait toucher que les vélos "de masse", à savoir les vélos enfants par exemple ou à bas coût. Il semble impossible pour l'heure de relocaliser aux Etats-Unis la production de composants en carbone. Cette réorganisation a un coût (investissements, logistique) et peut entraîner une saturation des capacités de production dans les pays alternatifs, faisant grimper les prix par effet d'offre et de demande. Les acheteurs européens se retrouvent en concurrence accrue pour ces capacités.
- Incertitude économique générale : Les "guerres commerciales" créent un climat d'incertitude qui peut inciter les entreprises à augmenter leurs prix par précaution ou à répercuter plus rapidement toute hausse de coût, de peur de futures perturbations.
Facteurs atténuants
Il est crucial de noter que l'impact réel sur le consommateur européen n'est pas automatique ni uniforme :
- Concurrence : Le marché européen du vélo est très concurrentiel. Les marques peuvent choisir d'absorber une partie de la hausse des coûts pour ne pas perdre de parts de marché.
- Taux de change : Les fluctuations entre l'euro, le dollar et les monnaies asiatiques peuvent amplifier ou atténuer l'effet des tarifs.
- Stratégies des marques : Certaines marques européennes disposant de sites de production intégrés en Europe (notamment pour les cadres haut de gamme) pourraient être moins affectées sur certains modèles. C'est le cas de la plupart des marques, qui ont souvent des points d'entrées directs en Europe. La majeure partie des vélos (que ce soit Specialized, Trek ou Cannondale) ne passent pas par le continent américain et arrivent directement d'Asie aux Pays-Bas.
- Autres facteurs : L'impact des tarifs s'est ajouté à d'autres facteurs majeurs influençant les prix des vélos, comme la pandémie de COVID-19 (explosion de la demande, coûts logistiques), les pénuries de composants, et l'inflation générale plus récente. Isoler l'effet spécifique des tarifs de Trump est donc complexe.
Seule exception qui me vient en tête, les peintures personnalisées Project One de Trek. Celles-ci sont en effet réalisées à Waterloo, au siège de Trek, ce qui oblige à importer le vélo aux Etats-Unis. Un aller-retour aux Etats-Unis qui explique déjà en partie le coût des peintures Project One.
Mais avec ces nouveaux droits de douane, les vélos bénéficiant d'une peinture Project One verraient automatiquement leur coût renchéri de ces taxes douanières.
Il est fort possible que Trek soit donc obligé de revoir son process de personnalisation de peinture pour éviter cette entrée sur le territoire américain. Soit en réalisant les peintures en Asie, soit en délocalisant le process Project One en Europe.
Une occasion de déstockage pour les marques
Ces droits de douane ne s'appliquent pas aux vélos déjà fabriqués et déjà entreposés par les marques dans leurs zones de stockage US ou en Europe.
Et pour certaines marques (la plupart), il existe encore de gros stocks de vélos. Sans doute l'occasion de se débarrasser enfin de ces vélos qui seront, forcément, moins chers que les nouveaux vélos impactés par les hausses de prix.
Mais cela restera un effet positif marginal et pour un temps court.
Les budgets communication, premiers à être rabotés
Comme toujours dans pareil cas, les marques vont tenter de limiter la casse côté marge en faisant des économies sur les budgets communication.
Cela impactera les médias comme Matos Vélo, mais aussi les influenceurs, le sponsoring d'athlètes ou de courses nationales par exemple. Les organisateurs de courses, déjà en difficultés, pourraient bien là voir leurs dernières rentrées d'argent disparaître.
Conclusion
Bien que les tarifs douaniers de Donald Trump n'aient pas directement ciblé les importations de vélos en Europe, leur impact potentiel sur les prix pour les consommateurs européens est réel, quoique principalement indirect.
En augmentant potentiellement le coût mondial des composants clés et des matières premières, et en perturbant les chaînes d'approvisionnement, ces politiques commerciales vont contribuer à une pression haussière sur les coûts de production dans cette industrie globalisée. Si d'autres facteurs économiques ont joué un rôle plus visible ces dernières années, l'épisode des tarifs Trump souligne à quel point les décisions politiques prises à Washington peuvent avoir des répercussions ressenties jusque dans les magasins de vélos européens.




Alexblood dimanche 6 avril 2025, 16:50
Le pouvoir est surtout au reste du monde. Si un marché se ferme d'autres s'ouvrent. Malheureusement je plains les américains qui eux vont se retrouver à payer mais c'est eux qui ont voté.
Je pense au contraire que les marchés devraient un peu plus apprendre à ce passé des américains, rappelle d'histoire économique, ce sont eux les créateurs du marché de libre échange et aujourd'hui il voudrait s'en passer. Si cela implique de ce passer de certains bien, c'est le problème du marché américain.
Augmenter les prix du reste du monde ne permettra pas d'être mieux disponible sur le marché américain, les hausses sont beaucoup trop importante et concerne beaucoup trop de biens, les loisirs étant souvent la première économie dans les ménages dont le pouvoir d'achat baisse.
Hiroshi dimanche 6 avril 2025, 16:57
Dans le court terme il est possible que la production censé être exporter aux Etats-Unis se retrouve en Europe, donc une offre excédentaire avec des prix bas. En tout cas je pleure pour mes amis Américains qui se retrouvent soudainement avec des hausses de prix pour leurs vélos, les pièces, les accessoires.
smog dimanche 6 avril 2025, 18:58
Une chose me paraît sûre, c'est que ceux qui ne sont pas directement affectés côté fabricants ne refuseront pas d'augmenter leur prix et leur marge pour s'aligner...
L'autre, c'est qu'il doit bien y avoir une différence entre "marque américaine" et "marque américaine fabriquée à l'extérieur des E.U." dans les plans de Trump, non ? Je serais surpris qu'il surtaxe les marques américaines produites à l'étranger (j'ai du mal à trouver des réponses à ça).
Speed dimanche 6 avril 2025, 19:43
Faudrait peut être commencer par acheter en France, voir à défaut en Europe...

Rien que durant la "crise" du covid, y'en a qui étaient fiers de payer mini 10% plus chers leurs vélos avec des délais d'attente supérieurs à 1 an, là encore derrière tout ce cirque médiatique, on retrouvait des boites US comme Pfizer ou McKinsey, au lieu d'entreprises françaises : cherchez l'erreur, bon c'est pas trop grave parce que je ne me suis pas fait vacciné pour un rhume
Mais y'a du super matos frenchie ou européen niveau vélo plutôt que d'aller chercher du made in china fabriqués par des entreprises qui se foutent clairement des clients une fois le vélo payé, niveau SAV.
Y'a des manifs et les gens commencent enfin à comprendre que les USA voudraient peut être dominer le monde alors que çà dure depuis très longtemps, je vous rassure les chinois sont pas très loin derrière
RVLF lundi 7 avril 2025, 07:58
Une partie des pièces détachées SRAM sont fabriqués au Portugal pour l UE donc cela devrait réduire l'impact
RVLF lundi 7 avril 2025, 08:00
Sinon les roues Campagnolo et Fulcrum sont faites en Italie et/ou Roumanie
Il y a donc des marques qui vont tirer leur épingle du jeu car elles ont fait les bons choix depuis des années
poupou81 lundi 7 avril 2025, 08:58
Je pense qu'on mélange 2 choses:
Les droits de douane vont exploser aux EU, ok mais ce sont les prix aux EU qui vont subit les conséquences, je ne vois pas en quoi les prix en Europe seront impactés sauf à considérer que les fabricants cherchent à maintenir un prix uniforme dans le monde et étaler les droits de douane sur tous les pays, ce dont je doute.
Si on regarde par exemple le cas des fabricants de montre suisse qui vont être impactés, ils vont répercuter les hausses sur les prix aux EU et surement pas ailleurs...
C'est rare de voir un tel cas d'auto mutilation économique (à part le brexit peut être) mais les américains vont vite se rendre de l'impact inflationniste sans égal.
lionel lundi 7 avril 2025, 10:59
@Poupou81 :
C'est simple les droits de douane augmentent aux USA pour tous les produits non fabriqués aux USA? chaque micro composant du vélo qui passe la frontière prend 30 à 60% de droit de douane, ensuite les droits de douane européens vont aussi augmenté en contre partie selon le principe annoncé par l'UE de droits de douane réciproque.
Donc les vélos importés de marques américaines, Spécialized, Trek, Cannondale, sram, etc. pourraient prendre 30%.
C'est la raison pour laquelle toutes les bourses mondiales s'éffondrent ce matin
Dogma forever lundi 7 avril 2025, 12:18
Ce que vise Trump, fondamentalement, avec ces mesures douanières est le rapatriement des entreprises et industries (y compris celles que les US ont acheté chez nous avec le dollar qui ne vaut rien !) sur le territoire américain afin de réindustrialiser les USA. Il privilégie l'économie US sur le dollar monnaie mondiale, alors que nos " global leaders "n'ont eu de cesse de faire l'inverse ...
Dogma forever lundi 7 avril 2025, 12:21
" Une analyse de l’American Enterprise Institute (AEI) révèle que la forte baisse des marchés boursiers après l’annonce de nouveaux tarifs douaniers par la Maison Blanche pourrait résulter d’une erreur mathématique. Selon le groupe de réflexion, les taux auraient été largement surestimés, avec des conséquences économiques majeures." @lionel
grichka lundi 7 avril 2025, 14:51
@Dogma forever : sauf que là où le bas blesse avec la théorie de trump, c'est que l'on ne construit pas une usine en 2 ans. Et aucun industriel ne va décider cette semaine de construire une usine aux USA sachant que dans 18 mois il y a les mid term et que tout peut changer
Un éconimite a calculer qu'un iphone fabriqué aux USA ne couterait plus 1000$ mais 3500$ en fonction des salaires et autres charges, et il se pose la question suivantes : "les américains sont-ils prêt à payer 3500$ leur iphone?"
Et ce n'est qu'un exemple
En ce qui concerne la France, les premiers qui crient à la désindustrialisation sont aussi les premiers à acheter sur Shien, alitrucmuche, and Co. Une entreprise qui ne vend pas ne vit pas.
posons nous déjà les bonnes questions. A vouloir le beurre, l'argent du beurre et la crémière, cela finit par coincer
Dogma forever lundi 7 avril 2025, 18:40
Grichka ... NON le commerce international n’est pas constitué de relations d’affaires d’Etat à Etat.
Il repose en réalité sur des chaînes logistiques mondiales maîtrisées par des acteurs transnationaux qui conçoivent leur existence en dehors, voire au-dessus, des Etats.
Quand Apple :
→ conçoit ses Iphones en Californie,
→ les assemble en Chine après avoir produit les puces à Taiwan,
→ pour les vendre à sa filiale à Dublin ou Jersey, qui les revend à sa filiale aux US pour abaisser l’impôt sur les sociétés,
Ce n’est pas du commerce entre la Chine et les Etats-Unis, c’est une supply chain complexe qui vise à optimiser les coûts de production et impôts.
Les Etats ne sont dans ce schéma que des véhicules -ou des hôtels fiscaux- et non des donneurs d’ordre. C’est fini le colbertisme à la papa.
Or pour Trump, cette organisation du monde a
→ poussé les usines hors des US,
→ accru leur déficit commercial et budgétaire,
→ et appauvri la middle class : celle qui gagne moins de 150000$ par an et dont il veut supprimer l’impôt sur le revenu.
Il veut donc changer la donne.
Pari gagnant ?
L'histoire le dira.
Le jeu de trump ne peut marcher que si le monde se soumet et ne lance pas de représailles.
Mais si tel est le cas ... on meurt tous ensemble !
Grichka lundi 7 avril 2025, 22:10
@Dogma forever : pour l'instant trump crée un krach boursier. Ce n'est pas moi qui le dit mais les financiers et économistes
Pour ce qui est des représailles, elles sont lancées par la Chine qui a un poids conséquent
Et pour les paris de trump, si on regarde son CV de patron il a plus de faillites que de réussite
C'est un mégalo et cela n'augure rien de bon, il en a rien à cirer du peuple et de la classe moyenne, il veut être flatté, c'est tout
Dogma forever mardi 8 avril 2025, 06:54
Grishka.
Nos yeux européens sont obscurcis par des réalités que nous ne comprenons pas, parce que nous réduisons les États-Unis à l’image qu’ils veulent donner d’eux-mêmes, très différente de celle qu’ils vivent réellement.
Le monde est schizophrène, car il n’a pas d’unité de pensée. Chaque pays est frappé de paranoïa, croyant à la supériorité de son modèle.
Pour faire court, les États-Unis, ce n’est pas La Petite Maison dans la prairie.
Hui oh mardi 8 avril 2025, 09:43
Dans les propos de Speed je me demande ce qui fait le plus rire, son discours antivax ou son analyse économique de bistrot, à mon avis i a pris un bon rhume de cerveau dimanche place Vauban.