
Tous les dépôts de brevets n'aboutissent pas à une commercialisation de l'idée, et quand ça aboutit, ça prend parfois de nombreuses années. Mais pour avoir lu en détail le brevet d'invention et connaissant les qualités de Jean-Pierre Mercat, ce nouveau procédé de pneu tubeless est très intéressant et pourrait bien, s'il est commercialisé, intéresser même les cyclistes professionnels sur la route et annoncer, pourquoi pas, le déclin du boyau.
Dans ce brevet, les avantages et inconvénients des boyaux ainsi que des pneus tubeless actuels sont mis en exergue.
Je vais tenter ici de vous retranscrire les divers éléments intéressants sur ces deux types de "pneumatiques" vélo et vous décrire sommairement ce qui change dans la conception de la jante et du pneu tubeless imaginé par Jean-Pierre Mercat. Attention, je ne suis pas scientifique ou mécanicien spécialiste de la chose. Je ne retranscrit donc que ce que j'en ai compris !
Avantages et inconvénients des solutions actuelles
Les boyaux
Ses avantages
- Légèreté de la jante
- Sollicitation sur la jante, même à forte pression, quasi nulle
- Pas de déjantage même en cas de pression nulle
Ses inconvénients
- Lors du montage, le diamètre du boyau étant très légèrement inférieur à celui de la jante, une compression se crée sur la jante et provoque une diminution de la tension des rayons (environ 8 daN sur une tension totale de 100 daN).
- Complexité du collage/décollage sur la jante
- Difficulté de réparation
- Encombrement et poids lorsqu'on doit emmener un boyau de secours
- Coût nettement plus élevé que le pneu
- Risques élevés de crevaison par pincement de la chambre lors d'un tallonage
- Risques d'endommagement du boyau en cas de roulage à plat
Les pneumatiques
Ses avantages
- Montage et démontage faciles
- Réparation aisée
- Poids du nécessaire de réparation (une chambre à air) réduit
- Pas de crevaison par pincement sur les pneumatiques de type tubeless
Ses inconvénients
- Poids, avec notamment des tringles pesant de 40 à 100g en fonction du matériau utilisé
- La jante est soumise à la pression du pneu. On peut observer une perte de 30 daN de la tension des rayons
- Parois de la jante assez haute pour pouvoir recevoir les tringles des pneumatiques et résister à la pression
- Plus la pression de gonflage augmente, plus la sollicitation du pneu sur la jante augmente et donc, plus la tension des rayons diminue.
- Perte de pression en général très rapide en cas de crevaison car jonction jante/pneu non prévue pour être étanche
- Risque de déjantage lorsque la pression est nulle
- Poids total roue + tubeless plus important qu'avec une roue traditionnelle + pneu et chambre car les tringles doivent être plus rigides et donc plus lourdes, mais la jante doit aussi être plus résistante
- Les gorges qui reçoivent les talons du pneu peuvent représenter près de la moitié de la hauteur de la jante
Solutions apportées par ce brevet

Ce brevet d'invention vise donc à réaliser une jante pour pneu tubeless aussi légère qu'une roue à boyau, un pneu tubeless aussi léger qu'un pneumatique traditionnel, avec la facilité de mise en place et de répération d'un pneu. Et cela sera applicable aussi bien à la route qu'au VTT.
Mais comme on peut le voir sur ces schémas, cela oblige à totalement repenser le design à la fois de la jante, mais aussi du talon du pneumatique.
Du côté de la jante, la hauteur mesurée entre le sommet du crochet et le fond de la jante pourra être inférieur à 5mm, contre plus du double actuellement. Cette mesure représente donc moins de 30% de la hauteur totale de la jante.
La force de cohésion s'exerçant sur la partie basse du pneu quand il est sous pression est reprise par la jante et non par la tringle. Donc, pas de déformation de la jante et de détente des rayons sous l'effet de la pression.
Un gros travail doit être effectué sur le talon très spécifique de ce tubeless qui doit pouvoir légèrement se déformer tout en résistant à une pression de 10 bars et en étant totalement étanche.
Plus de tringles
Ce talon fait l'impasse sur les traditionnelles tringles, qu'elles soient souples ou rigides. En effet, le montage de ce pneu nécessitera que son diamètre puisse varier afin de le monter sur la jante par "extension" de son diamètre. Le matériau utilisé devra êre 50 fois plus rigide que le caoutchouc naturel et 100 fois moins rigide que l'acier, matériaux traditionnellement utilisés. Joli casse-tête en vue.
Montage possible avec un faible débit de pompe à main
Les figures 6a à 6g ci-dessous montrent le processus de montage du pneumatique sur la jante.
Dès la figure 6f, on voit que même avant mise en pression, le montage est étanche. Une étanchéité primaire qui aura le très gros avantage de permettre une mise ne pression avec une simple pompe à main.
Pas besoin d'un compresseur ou d'un fort débit comme sur les tubeless actuels pour faire claquer les talons du pneumatique contre les crochets de la jante.
En cas de talonnage, quand la roue rentre violemment en contact avec un obstacle comme un gros trou, caillou, voire trottoir, cette jante est aussi bien mieux armée que les jantes actuelles. On voit sur ce schéma que la jante n'est pas plate au fond et qu'un pavé (noté 36) limite le déplacement du pneumatique. Ce pavé permet aussi de mieux protéger la jante en cas de roulage à plat.
Cela me fait penser au Pax System, solution utilisée dans l'automobile pour permettre le roulage à plat. Une bande de roulement en caoutchouc est présente sur le fond de la jante, permettant au pneu de garder une forme pour rouler même sans aucune pression.
Même en cas de rencontre violente avec un obstacle, la forme des talons limite grandement les pertes de pression, de même que le déjantage.
Un poids de jante et de pneumatique en nette baisse

Cette invention permet de régler le principal défaut des jantes à pneumatiques, leur poids. En effet, une jante de 25mm de haut en alu ne pèserait que 400g.
A comparer aux 375g d'une jante Mavic Reflex pour boyau qui n'a qu'une hauteur de 14mm et aux 435 d'une Mavic Open Pro à pneus d'une hauteur de 18mm.
Mais ce gain de poids sur la jante ne serait pas intéressant si le tubeless restait à des valeurs élevées comme c'est le cas actuellement. Cette invention permettrait d'atteindre un poids de seulement 190g en 23mm. Un gain de poids principalement dû par les suppression des tringles.
On atteint donc à un gain de poids de 8% sur la jante et 30% sur le pneumatique par rapport à ce qui se fait aujourd'hui.
Le procédé permet aussi de réaliser des jantes aérodynamiques d'un profil supérieur à 50mm. Mais la conception particulière du "fond de jante" semble imposer l'usage d'alliage d'aluminium pour le cerceau. Le profilé peut par contre être en carbone.
Reste donc à savoir si une telle jante aérodynamique de 50mm de haut rivalisera côté poids avec une roue à boyau 100% carbone. Si c'est le cas, les coureurs professionnels pourraient en effet bel et bien adopter rapidement ce nouveau "tubeless".
En tous cas, voici une invention qui semble prometteuse et prouve que Mavic n'a pas totalement abandonné le projet du tubeless mais veut réellement proposer une solution à la fois légère, mais aussi pratique à l'usage (montage et réparation).
Ne reste plus qu'à produire les premiers prototypes et vérifier l'industrialisation possible d'un tel système. Mais quelque-chose me dit que Mavic proposera d'ici un ou deux ans ce système !













Arnaud Duval mardi 10 février 2015, 16:52
L'impératif pour qu'un tel système fonctionne commercialement, c'est que d'autre fabricants de pneus, voire de jantes soient partie prenante dans ce standard.
C'est un peu semblable à ce qui avait été fait pour le système UST en VTT il y a quelques années (Mavic + Hutchinson + Michelin). Par contre, ce système avait le gros avantage d'être rétrocompatible (on pouvait monter un pneu standard avec une chambre sur une jante UST), ce que ne laissent pas envisager les schémas qui montrent le profil de jante.
Bref, c'est certainement très bien pensé techniquement mais assez casse-gueule à mettre en place commercialement.
Et puis des produits développés dans le but d'être vraiment légers, ça ne colle pas avec l'image de marque de Mavic ;)
Charles mardi 10 février 2015, 17:42
Une inovation vraiment intéressante, pour ne pas dire révolutionnaire.
Le partenariat récemment mis en place entre Mavic et Hutchinson prend encore plus de sens après la lecture de cet article.
merci de l'info
klarf mardi 10 février 2015, 19:43
Je n'ai pas tout lu, je me suis arrête à ça :
Les boyaux
Ses avantages
(...)
Sollicitation sur la jante, même à forte pression, quasi nulle
Pas de déjantage même en cas de pression nulle -> faux
Ses inconvénients
Lors du montage, le diamètre du boyau étant très légèrement inférieur à celui de la jante, une compression se crée sur la jante et provoque une diminution de la tention des rayons (environ 8 daN sur une tension totale de 100 daN). -> ah bon ? as tu vérifié ? En avantage tu dis au contraire qu'il n'y a pas de sollicitation sur la jante.
(...)
Coût nettement plus élevé que le pneu -> pas tant que ça, environ 60€ un très bon boyaux, au lieu de 40€ pour un bon pneu et 10€ pour une bonne chambre.
Risques élevés de crevaison par pincement de la chambre lors d'un tallonage -> ah bon ? Pourtant j'ai déjà crevé en boyaux (2 fois en 5 ans), et je n'ai jamais pincé à la suite de la crevaison.
Risques d'endommagement du boyau en cas de roulage à plat -> pas vraiment.
Guillaume [Matos Vélo] mardi 10 février 2015, 19:51
klarf, je ne dis rien, je ne fais que retranscrire ce qui est indiqué dans le brevet d'invention.
Mais si un boyau est bien collé, normalement, il ne déjante pas en cas de crevaison.
Concernant la sollicitation, il est question de la sollicitation sur les parois de la jante. Il n'y en a pas dans le cas des boyaux.
Concernant les pincements, j'avais eu le même son de cloche que ce soit de la part de Hutchinson, Michelin ou Continental. Les crevaisons par pincement existent sur les boyaux contrairement à une croyance répandue.
thibfred mercredi 11 février 2015, 10:43
Bonjour Guillaume
je suis dubitatif pour la crevaison par pincement sur boyaux cela doit être infinitésimal en quantité. Cela fait 37 ans que j'utilise des boyaux notamment en compétition. La seule explication rationnelle est pour moi l'absence de talc à l'intérieur du boyau qui dans ce cas fait que la chambre adhère à la carcasse. J'avais rencontré ce phénomène sur des Barum pour ceux qui ont connu...
M’entraînant le matin (5h) depuis quelques années, je roule justement en boyau (corsa CX de Vittoria ou Sprinter Gator de Conti) car ne percevant pas toujours bien la chaussée, je n'ai aucune crainte pour les pincements contrairement aux pneus qui m'ont valu bien des galères (pourtant je les talque mes pneus).
Merci Guillaume pour vos reportages.
Guillaume [Matos Vélo] mercredi 11 février 2015, 11:08
Je pense à des courses comme Paris Roubais, avec des pressions de 3 ou 4 bars maxi sur les pavés. Car de mon côté, en plus de 20 ans, je n'ai eu qu'une crevaison par pincement sur des pneus... et c'était un énorme choc sur un gros caillou que je n'avais pas vu.
klarf jeudi 12 février 2015, 08:39
Étrangement en VTT il y a aussi du boyau, les pincements sont très rare, pas plus qu'en tubeless.
Sinon pour les forces exercé par le boyau sur la jante, pourquoi cela se retrouve à la fois dans les avantages (sollicitation quasi nulle) mais aussi dans les inconvénients (une compression se crée sur la jante) ?
Chez Continental c'est étrange qu'ils t'aient dit ça, vu qu'ils ont des boyaux sans chambre à air !
pierre jeudi 12 février 2015, 14:10
Bonjour,
Je reste assez dubitatif.
J'ai beaucoup de mal à croire que la jante soit plus légère qu'une jante a boyaux (renfort des extrémités pour supporter les contraintes de gonflage et les forces de traction exercées par le pneu). Une jante à pneu sera toujours plus lourde et plus fragile qu'une jante à boyaux (j'ai éclaté au gonflage une ksyrium SL, à 8,5 bars, depuis, je roule en boyaux, étonnant, non?)
Déja le tubeless est assez galère à monter (souvenir de VTT), alors ce nouveau système, il faut savonner les tringles pour les faire rentrer dans leur emplacement?
En cas de crevaison, on met une rustine à l'intérieur? Et on remonte le pneu? Les "tringles" de ces nouveaux pneux révolutionnaires sont conçus pour résister à combien de démontage-remontage?
Ca sent le piège marketing.
J'en veux pas, je garde mes boyaux!