Présentation

Je ne vais pas vous refaire une présentation technique détaillée puisque tout se trouve dans cet article.

Sur le papier, le Crux est quasiment un mélange d'un Tarmac SL 8 et d'un Crux, sur lequel on peut monter des pneus jusqu'à 55 mm de section. Il faut dire que c'était une demande des coureurs, qui pour la plupart, roulent sur du 50 mm désormais.

A seulement 789 grammes le cadre, il est possible de faire des montages passant sous la barre des 7 kg. J'avais pour cette présentation la version S-Level, équipé de la fibre de carbone Fact 10r pour le cadre et Fact 12r pour la fourche, ce qui l'alourdit de quelques 100 grammes, mais on reste quand même dans de l'ultra léger, à peine 8,2 kg avec roues Roval Terra Aero CL (1610 grammes), pneus de 50 mm..... on reste donc dans du très léger.

On se demande même comment un vélo aussi léger peut encaisser les contraintes du gravel, avec pas mal d'impacts. Mais promis, Specialized assure que le Crux est prêt à subir toutes les contraintes des courses gravel les plus exigeantes.

Pour arriver à ce poids, le Crux ne reprend pas le rangement interne SWAT 4.0+ que l'on trouve sur le Diverge que j'ai pu tester ici. C'est peut-être là mon plus gros regret tant ce système de stockage est pratique pour avoir toujours sur soi chambres à air, nécessaire de réparation pompe, ..... Faire des choix, c'est aussi renoncer, et là, il faudra renoncer à cet espace de stockage, tant pis !

Bien sûr, le tarif reste élevé, puisque même cette version S-Level s'affiche à 10500 €. A ce prix, on a du SRAM Red, un cockpit Roval Terra et les roues Terra Aero CL, ce qui permet au vélo de n'afficher que 7.7 kg sur la balance avec des pneus de 45 mm.

Pour ceux qui veulent le meilleur, la version S-Works s'affiche à 13999 €. Le Crux 5 Expert utilise le même cadre FACT 10r et la fourche FACT 12r du S-Level, avec des roues Terra C III et le groupe SRAM FORCE AXS XPLR et est affiché à 6999 €.

Sur les chemins

Si la sortie prévue au départ de cette présentation était de 70 km pour 870 m de dénivelé, nous avons dû nous contenter de rouler sur 30 km et 330 m de dénivelé, en raison d'un gros orage stationnaire.

Dès les premiers kilomètres, le ton est donné. Position clairement plus agressive que sur un Diverge, ceux qui viennent d'un vélo de route retrouveront vite leurs repères.

On entre rapidement sur les chemins exigeants des alentours de Gérone, mêlant parfois des terrains relativement roulants mais piégeux avec des ornières, des trous ou du sable, et parfois des chemins plus exigeants avec de la caillasse. Exigence renforcée par la présence de Daniel Oss, retraité des pelotons route World Tour et qui depuis quelques années se passionne pour le gravel.

L'italien n'a rien perdu de sa puissance et est toujours aussi affûté.

Premier constat, le nouveau cockpit Roval Terra aero qui équipe mon modèle est une belle réussite. Une prise en main confortable en tous points, aussi bien en partie haute qu'en partie basse. Une partie basse qui se trouve un peu allongée, avec les "dropouts" plus longs pour qu'on puisse y passer plus de temps dessus. La forme compacte aide aussi à rester plus longtemps et l'évasement de 12° est le bienvenu pour un meilleur contrôle du vélo sur les parties techniques. Un cockpit qui se veut 78 % moins rigide que le modèle Rapide conçu pour la route et qui, de fait, permet d'absorber un peu plus les chocs.

Mais revenons-en à ce Crux 5. J'ai presque envie de dire, oubliez le Crux 4, ça n'a plus rien à voir. Le Crux 4 était clairement un vélo Cyclo-cross adapté pour le gravel, le Crux 5 est un vélo gravel à part entière.

Equipé des roues Roval Terra Aero CL et des pneus de 50 mm, le confort est en léger retrait par rapport à mon Diverge 3 qui possède une suspension FutureShock, mais sincèrement, en gonflant à 1.5 bar environ à l'avant et à l'arrière, la filtration est plutôt bonne. Le cockpit Roval Terra ainsi que la conception du Crux 5 aide aussi en cela. Avec sa moindre rigidité, le cockpit Roval Terra compense légèrement cette absence de suspension.

Même sur les parties très accidentées, le Crux offre un comportement sportif mais sûr. Je suis persuadé qu'en diminuant très légèrement la pression du pneu avant à 1.3 bar, sans retrouver la filtration d'une FutureShock, on récupère encore un peu de confort. Ou alors passer à une section de plus de 50 mm à l'avant. Les pneus Tracer de 50 mm accrochent bien sur les parties en terre compacte, mais restent sûr sur les parties sableuses. Le mariage avec les jantes de 27 mm de largeur interne permet au pneu de parfaitement se déformer en fonction des obstacles que l'on rencontre.

Les virages s'enchaînent sans mauvaise surprise, les pneus offrant le grip nécessaire sur les prises d'angle. En descente, même sur des portions très techniques, la stabilité du cadre associée aux gros pneus permet d'atteindre de grandes vitesses avec beaucoup de confiance. Je me suis vraiment surpris à passer beaucoup plus vite que mon Diverge sur des portions très techniques, cassantes avec beaucoup de cailloux.

Sur une partie nettement plus roulante, Daniel Oss met en route et il faut s'accrocher pour ne pas perdre les roues. Quand sur 3 km parcourus à 36 km/h de moyenne, tu ne prends que 45 secondes par rapport à un Romain Bardet, c'est que ça roulait déjà bon train. Dans ces conditions, le Crux 5 fait clairement la différence par rapport à un Diverge, moins sportif, plus "pataud" à ces vitesses comprises entre 35 et 45 km/h.

Sur la route, le Crux 5 est étonnant, se rapprochant d'un vrai vélo de route. Même en roulant à plus de 35 km/h avec des pneus qui ne sont pas les plus adaptés, la résistance au roulement reste limitée. Seule le surface frontale offerte par ces gros pneus doit surtout freiner l'avancement.

Il est fort possible qu'avec des pneus plus étroits de 35 ou 40 mm, on ait là un vélo déjà très performant pour qui ne veut qu'un seul vélo pour aller partout. A se demander même si le Roubaix a encore un intérêt au sein de la gamme....

Mais ce Crux reste bel et bien un vélo créé pour arpenter les chemins.

Bilan

Ce vélo m'a donné la banane, clairement. Les cyclistes sur route ne seront pas dépaysés par son comportement très aiguisé. Moi qui avait couru la Traka 200 km en 2024 sur un Diverge avec des pneus de 40 mm, avec le recul, je me dis que c'était un erreur, pneus trop étroits.

Et ce Crux 5 avec des pneus de 50 mm est sans doute la machine idéale pour ce type de course. La volume des pneus compense la rigidité du cadre sur les parties les plus exigeantes. Et ça m'a bien donné envie d'y reposer mes roues en 2027.... Par rapport aux précédent Crux, qui était avant tout un vélo cyclocross adapté au gravel, ce Crux de cinquième génération change radicalement la donne. Un essai plus que transformé pour un vrai vélo gravel sportif.

Avec le Diverge 4 et ce Crux 5, Specialized a clairement créé deux gammes de gravel. Le Diverge pour avoir un vélo plus longues distances en mode contemplatif ou en tous cas, moins axé sur la performance, plus sur le confort. Le Crux 5 pour les compétiteurs, qui veulent avant tout un vélo léger et ultra performant sur le plan aéro, tout en ayant du confort grâce à la possibilité de monter des pneus jusqu'à 55 mm.

Crédit photos : Etienne Schoeman