Présentation

La principale nouveauté réside dans le passage à un routage de câbles entièrement intégré, via le nouveau cockpit Roval Alpinist II. L'Aethos perd ainsi l'une de ses signatures les plus reconnaissables, le passage des gaines en apparent, mais gagne en propreté visuelle et en cohérence avec les standards d'aujourd'hui. La précédente génération avait été critiquée pour sa câblerie apparente en partie, voici le problème réglé.

Ce changement impose également l'utilisation exclusive d'une transmission électronique, le passage de câble mécanique dans le tube diagonal ayant disparu.

La géométrie a été revue pour offrir une position plus confortable : le tube de direction gagne 15 mm, l'angle de direction est ouvert de 0,5 degré en moyenne, et les bases sont allongées de 7 mm. Le boîtier de pédalier est abaissé de 3 mm, ce qui améliore la stabilité en virage tout en compensant le recours à des pneumatiques plus larges.

Le dégagement pneumatique passe à 35 mm mesurés, contre 32 mm sur le premier Aethos, ce qui élargit sensiblement les possibilités de montage. Le cadre reçoit par ailleurs la compatibilité UDH (Universal Derailleur Hanger) de SRAM.

Specialized est resté fidèle à une tige de selle ronde de 27.2 mm avec un serrage non intégré mais qui permet de gagner quelques grammes. Le boîtier de pédalier est fileté et de type BSA.

Chaque détail a été repensé pour économiser du poids, du collier de selle (-9 grammes) aux fixations de frein (-2 grammes), en passant par le boîtier de pédalier (-6 grammes) et la patte de dérailleur UDH (-2 grammes). Ce qui permet au cadre de n'afficher que 595 grammes.

Le cadre S-Works Aethos 2 est construit en carbone FACT 12r, la stratification la plus avancée de la marque, et affiche un poids annoncé de 595 g en taille 56, ce qui en fait selon Specialized le cadre de route à freinage à disque le plus léger jamais commercialisé. Le coloris est un rouge marbré du plus bel effet.

Les versions plus accessibles sont quant à elles construites avec la fibre FACT 10r légèrement plus lourde.

Mon exemplaire d'essai en taille 54, monté en SRAM RED AXS, affiche 6,05 kg sur la balance sans pédales mais avec porte-bidons et support compteur.

Le S-Works Aethos 2 est disponible en version SRAM RED AXS au prix de 13 499 €, identique à la version Shimano Dura-Ace Di2. La gamme débute à 6 299 € pour l'Expert Ultegra Di2 annoncé à 7.12 kg. Le cadre seul en FACT 12r est proposé à 5 499 €. Le vélo est décliné en six tailles, de 49 à 61.

Équipement

La transmission est assurée par le groupe SRAM RED AXS E1 en version 12 vitesses électronique sans fil. Le pédalier 48/35 dents est associé à une cassette 10-33 :  un développement orienté performance qui conviendra aux terrains vallonnés mais qui pourra sembler court sur des ascensions longues et soutenues pour les moins bons grimpeurs.

Le pédalier intègre le capteur de puissance.

 

Le poste de pilotage est le Roval Alpinist Cockpit II, pesant 270 g dans la configuration 400 mm × 100 mm, avec une partie haute à section ovale, un flare de 4 degrés et un passage de câbles interne. Roval annonce un gain d'amortissement des vibrations de 28 % par rapport au cockpit Rapide. La tige de selle Roval Alpinist en carbone reprend le diamètre traditionnel de 27,2 mm.

Point de fausse note du côté de la selle non plus puisqu'on a droit à une très confortable S-Works Power with Mirror.

Les roues livrées en série sont les Roval Alpinist CLX III, tubeless-ready, avec une jante carbone de 33 mm de profondeur et 21 mm de largeur interne, pour un poids de 1 131 g la paire. Elles intègrent des rayons composites développés avec Arris Composites, annoncés 20 % plus solides que l'acier pour un gain de 103,5 g par rapport à la génération précédente. Les moyeux font appel à des roulements céramiques DT Swiss Sinc. On retrouve également le système de corps de roue libre DT Swiss.

J'ai également eu l'occasion de tester ce même vélo chaussé des Roval Rapide CLX III :  une roue très différente dans sa philosophie, avec 1305 g pour la paire, un profil 51 mm à l'avant et 48 mm à l'arrière et toujours les rayons composites Arris.

Les pneumatiques montés d'usine sont des S-Works Turbo TLR en 700x28c. En revanche, le vélo est livré en montage chambre à air.

Sur la route

La première impression au départ est celle d'un vélo qui s'efface. L'Aethos 2 répond immédiatement, avec une vivacité qui contraste avec bon nombre de vélos de route modernes dont les tubes sculptés et les cockpits intégrés ajoutent des grammes autant qu'ils en retirent. Avec 6,05 kg sur la balance, c'est une réalité tangible dès qu'on aborde une montée.

Par rapport au premier Aethos, la position est sensiblement plus haute. On pourra adopter la même position, mais en supprimant quelques entretoises disgracieuses. Cet Aethos 2 se situe entre la géométrie compétition d'un Tarmac SL8 et une position plus typé confort d'un Roubaix.

Il est à la croisée du vélo de performance et de l'endurance. La direction reste vive et précise, sans être aussi nerveuse que celle d'un Tarmac et la stabilité en descente est un peu plus convaincante que la génération précédente grâce à l'empattement allongé mais aussi avec un léger accroissement de la rigidité au niveau de la douille.

La rigidité semble un peu plus élevée au niveau de la douille de direction, c'est surtout notable avec les roues Alpinist II. Même dans cette configuration orientée "légèreté", le vélo offre suffisamment de rigidité dans son ensemble pour ne pas être perturbé même lors des sprints.

Sur les routes dégradées, le cadre filtre correctement les vibrations de faible amplitude. Le cockpit Alpinist II participe aussi à cette capacité à plutôt bien filtrer sur mauvais revêtements. Les Alpinist CLX III, légères et rigides, sont dans leur élément sur terrain vallonné et en montée. Sur le papier, avec leur profil de 33 mm de haut seulement, les longues portions rapides et exposées au vent sont moins à leur avantage que des Rapide, mais la "perte" est de moins de 10 watts à 45 km/h et pour nombre de cyclistes qui évoluent aux environs de 30 km/h, le déficit sera plus que négligeable.

L'adoption de rayons carbone sur les Alpinist CLX III, en plus de permettre de gagner quelques grammes, apporte un surcroit de rigidité, aussi bien en latéral qu'en vertical, au détriment de la filtration. D'autant que mon vélo d'essai était équipé comme indiqué de pneus avec chambres, nécessitant un peu plus de pression que ce que j'ai l'habitude de mettre en tubeless pur. Cet accroissement de rigidité bénéficie en revanche au comportement en descente rapide.

Là où l'ancien Aethos équipé des roues Alpinist pouvait se montrer un peu "flou" quand on attaquait fort, ici, la rigidité des roues permet à cet Aethos 2 d'avoir un comportement plus précis dans ces phases rapides et techniques. Il y a moins de différences en descentes entre ces Alpinist CLX III et les Rapide CLX III.

Mais les Rapide CLX III changent notablement le caractère d'ensemble du vélo. Sur le plat, elles offrent une excellente efficacité, avec une sensibilité aux vents latéraux contenue malgré leurs profils asymétriques. L'accélération est moins immédiate qu'avec les Alpinist, surtout dans les forts pourcentages, mais la facilité à maintenir le rythme sur terrain roulant est supérieure. Le passage d'un train de roues à l'autre permet en quelque sorte d'avoir deux vélos en un, ce qui est un atout réel pour un usage polyvalent entre la montagne et la plaine.

Les Rapide CLX III bénéficiant des mêmes rayons en carbone que les Alpinist CLX III, même constat, la rigidité est en légère hausse, au détriment de la filtration verticale. Des pneus de 30 mm pas trop gonflés permettront de mieux filtrer les aspérités de la route.

La transmission SRAM RED AXS fonctionne avec la précision habituelle du groupe. Le rapport 48/35 avec cassette 10-33 est adapté à la plupart des cyclistes disposant d'une bonne condition physique. Ceux qui roulent régulièrement sur des cols engagés auront intérêt à opter pour une cassette 10-36, que le dérailleur RED AXS accepte sans modification.

Avec la possibilité de monter des pneumatiques allant jusqu'à 35 mm de section, l'Aethos 2 se veut d'une grande polyvalence.

Bilan

Le S-Works Aethos 2 accomplit ce qu'il promet : proposer un vélo de route léger, agréable à vivre et visuellement sobre, sans sacrifier la rigidité ni la réactivité. L'intégration de la câblerie et l'adoption d'un cockpit le rapproche des standards actuels du marché.

Le résultat sur la route reste convaincant, et le fait de pouvoir alterner entre les Alpinist CLX III et les Rapide CLX III en fait un outil plus polyvalent qu'il n'y paraît.

À 13 499 €, il évolue dans un segment très haut de gamme. Le Cervélo R5 2026 et le Scott Addict RC Ultimate se positionnent sur les mêmes ambitions :  légèreté, sensations, finition haut de gamme :  avec des prix comparables.

Mais là où les deux concurrents tablent sur une clientèle typé sportive à la recherche de la performance, l'Aethos 2 se distingue surtout par sa philosophie de tubes ronds et par un confort de roulement qui ne se retrouve pas chez ses concurrents. Pour un cycliste qui cherche avant tout le plaisir de pédaler sur des routes variées, et qui ne court pas après le chronomètre, c'est un choix difficile à prendre en défaut.

Photos : Sonam.cc et Matos Vélo