Canyon face à la tempête : 320 licenciements pour le géant du vélo
Par le jeudi 22 janvier 2026 07:55 - Actualité - Commentaires : 33 .
Le fabricant allemand de vélos Canyon traverse l'une des périodes les plus difficiles de son histoire. L'entreprise a annoncé qu'elle prévoit de supprimer jusqu'à 320 postes, soit environ 20% de ses 1 600 employés actuels. Cette restructuration majeure touche principalement ses sites de Koblenz en Allemagne et d'Amsterdam aux Pays-Bas.
Après Campagnolo il y a quelques semaines, c'est donc un autre acteur majeur dans le monde du vélo qui doit faire des choix difficiles.
Reste à savoir si ces mesures permettront effectivement à Canyon de retrouver sa "puissance opérationnelle" et de réaliser ses ambitions de croissance à long terme dans un marché devenu hautement compétitif.
Roman Arnold, fondateur et président exécutif de Canyon, a déclaré que cette restructuration vise à "réduire la complexité et simplifier les processus". Dans un communiqué officiel, il a comparé la situation de son entreprise à une course cycliste, affirmant qu'on ne gagne pas par la taille mais par la rapidité, la précision et l'agilité.
La décision est particulièrement difficile pour une entreprise qui se présente comme une communauté soudée autour de la passion du cyclisme. Arnold a reconnu qu'il est "particulièrement douloureux de devoir se séparer de collègues appréciés" et a souligné l'importance de gérer ce processus de manière aussi responsable que possible.
Des années délicates marquées par une chute de valorisation
Cette restructuration intervient après plusieurs années financièrement éprouvantes. En 2024, Canyon a enregistré une perte nette de 38 millions d'euros, contre 14 millions l'année précédente, malgré un chiffre d'affaires stable de 792 millions d'euros. Les pertes se sont poursuivies en 2025, avec un recul des ventes préoccupant.
Le Groupe Bruxelles Lambert (GBL), actionnaire majoritaire de Canyon depuis 2020, a particulièrement souffert de cette détérioration. La holding belge, qui avait investi 400 millions d'euros pour acquérir environ 50% des actions de Canyon au plus fort de la pandémie de Covid-19, a vu la valeur de sa participation chuter à 261 millions d'euros, soit une dépréciation de 43% par rapport à la valorisation de 460 millions d'euros en 2023.
Au premier semestre 2025, la situation ne s'est pas améliorée. Le chiffre d'affaires a reculé de 5% pour atteindre 398 millions d'euros, tandis que le bénéfice opérationnel (EBITDA) a chuté de 30%.
Les causes d'une crise multifactorielle
Plusieurs facteurs expliquent les difficultés de Canyon :
Le contrecoup de la pandémie : Après des années de forte croissance, notamment durant le boom du Covid-19 entre 2020 et 2023, l'entreprise doit désormais faire face à une consolidation fondamentale du marché du vélo. Le secteur dans son ensemble souffre de surcapacités et d'une guerre des prix acharnée.
Une politique de remises coûteuse : Pour écouler ses stocks excédentaires, Canyon a dû consentir des rabais importants. Ces remises agressives ont particulièrement touché les segments des VTT électriques et urbains, érodant considérablement les marges bénéficiaires.
Des problèmes de qualité : Un rappel de batteries sur certains modèles de VTT électriques (Canyon Spectral:ON et Torque:ON) a également pesé sur les résultats.
Des marchés internationaux sous pression : En Asie, notamment en Chine, la demande faiblit, tandis qu'aux États-Unis, l'incertitude autour des tarifs douaniers freine les ventes.
Contexte économique défavorable : Canyon cite également les tensions géopolitiques et les prévisions économiques moroses comme facteurs contribuant aux difficultés.
Un retour aux sources avec Roman Arnold
Face à ces défis, Canyon a opéré un changement de direction majeur en août 2025. Nicolas de Ros Wallace, qui occupait le poste de CEO depuis mars 2022, a quitté l'entreprise "d'un commun accord", tandis que Roman Arnold est passé de président du conseil consultatif à président exécutif.
Sous la direction de de Ros Wallace, ancien vice-président de Nike, le chiffre d'affaires de Canyon avait presque doublé pour atteindre près de 800 millions d'euros. Cependant, cette croissance s'est accompagnée d'une détérioration de la rentabilité.
Le retour de Roman Arnold marque une volonté de renouer avec les valeurs fondatrices de l'entreprise. Arnold a déclaré vouloir "renforcer les racines de l'entreprise et façonner son avenir" en se concentrant sur la vision à long terme et la stratégie future.
Des segments contrastés
Tous les secteurs d'activité de Canyon ne sont pas également touchés. Les segments route et gravel restent performants, en particulier sur le marché européen qui demeure solide. C'est principalement sur les VTT, les vélos électriques et les vélos urbains que la pression concurrentielle se fait le plus sentir.
Stratégie pour l'avenir
Malgré ces difficultés, Canyon continue d'investir dans certains domaines stratégiques. L'entreprise prévoit d'ouvrir un centre dédié aux vélos électriques à son siège de Koblenz en 2026.
Lors d'une interview au Financial Times début janvier 2026, Roman Arnold s'était montré optimiste, affirmant que "le meilleur reste à venir" et que l'entreprise pourrait atteindre un milliard d'euros de chiffre d'affaires d'ici 2030. Toutefois, cet optimisme affiché contraste fortement avec l'annonce des licenciements massifs deux semaines plus tard.
Canyon n'est pas le seul acteur du secteur à connaître des turbulences. L'ensemble de l'industrie du vélo fait face à une phase de normalisation après le boom exceptionnel de la pandémie. Les fabricants doivent désormais composer avec des stocks excédentaires accumulés durant cette période, une demande en berne et une concurrence exacerbée.
La restructuration de Canyon s'inscrit dans une tendance plus large de consolidation du secteur. Comme l'illustrent d'autres acteurs du marché, le modèle de vente directe au consommateur (DTC), qui fait la force de Canyon depuis sa création, n'est pas à l'abri des secousses économiques.

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